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| Cette image represente la grande mosquée de Kawsara et son initiateur, l'Imam Mouhamed Ahmed Tidiane Sall. |
Dakar. Sud-Foire,
sur les deux voies de la cité Sipres. C’est dans l’imposante mosquée qui
surplombe ce quartier huppé de la capitale sénégalaise où nous allons effectuer
une visite-découverte, profitant de l’occasion pour nous livrer à notre passion
journalistique. En cet après-midi jaune de mai, le soleil déverse l’éclat de
ses rayons sur le minaret de vingt-sept (27) mètres et fait briller l’épigraphe
de la façade principale sur laquelle sont inscrits ces mots : « Mosquée
Aboul Abass - Cheikh Ahmad Atijani ». Nous y entrons au moment où
le muezzin empoigne le micro pour faire vibrer le quartier du troisième appel à
la prière de la journée. Ce secteur qui abrite cette maison d’Allah majestueuse
est appelé Kawsara, du nom d’une rivière sacrée du paradis. La sourate
coranique éponyme (Sourate 108) invite au sacrifice et à la prière pour
une Abondance ici-bas et dans l’au-delà. Seulement ici, il ne s’agit aucunement
de se limiter à la prière et au sacrifice. On s’instruit, apprend et travaille
également. Entendons par là que Kawsara est un domaine dont la mosquée de 2000
mètres carrés est l’une des composantes.
Après s’être retiré du Ministère des Affaires
étrangères en 1989, Mouhamed Ahmed fonda dans la même année deux organisations
qui, depuis leur création, font parler d’elles de plus en plus. Il s’agit du
West African Trading Investment and Construction (WATIC) et du Rassemblement
Islamique pour la Culture et la Paix (RICP). Si la première organisation est
une entreprise privée dont le déchiffrement du sigle anglais indique son
domaine d’intervention, la seconde qui nous intéresse est une ONG d’obédience
religieuse qui s’assigne comme objectif principal, la promotion de la religion
musulmane et l’entente entre les peuples. D’ailleurs, le RICP servira de base à
l’édification de la Zawiya Kawsara sur son site actuel qui dépasse l’hectare,
obtenu auprès des autorités de l’époque. Durant cette période, soit vingt-deux
ans derrière nous, le quartier était vide, voire inhabité. La tâche d’y
réaliser des projets n’était pas chose aisée, mais Sall n’est pas ce genre
d’individu qui recule devant la difficulté. La détermination qu’on lui connait
fait que le chantier de la mosquée fut entamé et vite achevé. Aujourd’hui, elle
attrait toute la population environnante souhaitant vivre convenablement sa foi
musulmane. La minutie observée dans la prière est des plus appréciée. De même
que les beaux airs du khadara et du wasifa sont en passe d’être
le protecteur-secret de la zone. Notons aussi que le marabout y organise, en
même tant que la zawiya-mère de Louga, le Maouloud et la laylatoul
khadr (nuit de la destinée). En sa qualité d’homme ouvert et affranchi du
conservatisme religieux, il a préféré décentraliser ces deux grands événements islamiques
afin de mieux étendre les tentacules de l’Islam et de la Tidjanya. Mais aussi
de donner la possibilité à des milliers de musulmans de profiter du projet
d’éducation islamique proposé par l’illustre Cheikh de Louga.
FOCUS SUR
L’INITIATEUR
Le promoteur et imam de cette zawiya, issu
de l’élite maraboutique du pays, est un vrai manager. Serigne Mouhamed Ahmed
Tidiane Sall il se nomme, fils de Serigne Abass de Louga il s’agit. Il est un
homme de foi. De foi et de conviction que l’on voudrait d’abord tracer le
portrait pour montrer qu’au Sénégal, il existe des religieux musulmans dont le
poids de l’investissement honore l’Islam.
Ce marabout sexagénaire séduit. Évidemment
par sa grande détermination à orienter ses coreligionnaires vers le droit
chemin. Il est un exemple. Par son engagement profond à servir son pays à
travers divers secteurs d’activité. À ce titre, une avalanche de réalisations
dans le domaine éducatif, religieux et économique porte son empreinte.
Lesquelles réalisations sont favorables à l’épanouissement spirituel,
professionnel, intellectuel et social de la personne humaine en général, et
particulièrement du musulman. En vérité, il a bâti un empire islamique dont la
source de motivations n’est pas de se faire un nom, mais de participer à la
construction nationale. Car de l’honorabilité et la célébrité, son ascendance
maraboutique peut lui en fournir à gogo. Mais Mouhamed Ahmed n’est pas homme à
bomber le torse pour se glorifier de la noblesse familiale. Loin s’en
faut ! Il en fait plutôt une mission. Comme l’a si bien rappelé Bouna
Alboury Ndiaye, ce fils de roi qui préféra le minbar au trône, à travers cette
citation : « Je suis fils de...
n'est pas une médaille d'honneur à mettre sur la poitrine, mais un sacerdoce
pour se mettre au service de son peuple ».
Bien entendu, l’homme que nous présentons est un citoyen qui incarne le modèle
parfait.
En le voyant dans ses habitudes
quotidiennes, on est prêt à jurer qu’il tient sa confiance de Hitler, hérite
son engagement citoyen de De Gaulle, a appris son élégance des cours de
développement personnel des grandes universités anglo-saxonnes. Il n’en est
rien de tout cela. Cet homonyme à la fois du Sceau des prophètes et du Pôle
caché a plutôt exploité le triptyque suivant : sa chance d’être musulman,
sa fierté d’être tidiane et l’honneur d’être membre de la chapelle de son
paternel, Cheikhana Abass notamment.
Natif de Saint-Louis où est originaire sa mère
Sokhna Ramatoulaye Diagne dont on ne parlera jamais assez tout le mérite,
Serigne Ahmed débarque à Louga en 1960 sur ordre paternel alors qu’il avait dix
ans au compteur. Ce, pour y apprendre le Coran auquel il était déjà initié par
un marabout nommé Serigne Modou Cissé. Sous les auspices d’un Maure dépêché de
Mauritanie, il mémorise le Livre saint en un temps record. Une mémorisation
tellement rapide que Serigne Abass prit-il le soin de la vérifier. En se
faisant accompagner durant ses déplacements, de son jeune fils, pour le tester
sur sa supposée maitrise du Coran, à n’importe quel moment, sur n’importe
quelle sourate, devant chaque verset. Le résultat de son test confirma la
délibération du maître mauritanien. Qui connaît l’attachement viscéral de
Serigne Abass aux « Paroles de Dieu » doit deviner qu’il ne pouvait
ne pas réagir à cette joyeuse nouvelle. À l’honneur du jeune Mouhamed Ahmed, il
lui offrit une fête à laquelle étaient présents tous les élèves du Daara.
Serigne Ahmed confirme lui-même que cette cérémonie, ajoutée à la confiance que
lui avait accordée son maitre maure -qui le confiait les élèves en cas d’empêchement-,
font partie des éléments qui ont travaillé son courage, favorisé son sens de la
responsabilité et façonné sa personnalité d’aujourd’hui.
Une fois le Coran par cœur, il s’initia aux
livres de jurisprudence islamique par le biais de plusieurs professeurs dont
les plus illustres sont Serigne Assane Gaye de Louga, Serigne Yankhoba Fall de
Saint-Louis et Serigne Abass qui, satisfait du niveau de son élève, décida de
l’envoyer apprendre la langue arabe en Égypte. À peine âgé de 17 ans, voilà que
la porte de l’étranger lui fut ainsi ouverte.
Nous sommes en 1967, le 17 février
précisément. Serigne Ahmed foule le sol égyptien au même moment où son père lui
dédie un poème de 9 vers, composé en bakhr bassit (vers libres).
Ce poème, aussi visionnaire qu’invocateur, rend compte de l’estime d’un père à
l’endroit de son dauphin qui, une fois au pays des pharaons, n’a rien fait de
moins que de s’inscrire à la prestigieuse université Al Azhar où se forment,
comme depuis toujours, les héritiers de nos marabouts.
Dans les études comme dans toutes les
fonctions qu’il occupera plus tard, Serigne Ahmed fait preuve de volonté inouïe
de réussir, de rigueur et d’abnégation sans limites. D’ailleurs, cette fougue
explique le Hajj (grand pèlerinage à La Mecque) qu’il réussit à
accomplir à seulement 24 ans. En effet, tout commença durant l’Été 1974.
Alors qu’il honorait un emploi de vacances dans un restaurant de Frankfurt, en Allemagne,
le futur promoteur de Kawsara fut informé de la participation de son père au
prochain Pèlerinage. Voulant l’assister et faire du tarbiya (soumission
parentale), l’étudiant se rendit aux Lieux saints de l’Islam. Il paya son
billet à partir de la rémunération de son travail d’Été dont les 2/3 étaient
déjà envoyés à ses parents. Après avoir effectué ce cinquième pilier de
l’Islam, le Cheikh au vitiligo mystique fit l’honneur d’accompagner son fils jusque
dans sa chambre d’étudiant d’Égypte où il effectua la prière du crépuscule.
Revenant sur les études du jeune marabout,
il faut rappeler qu’au bout de 10 ans, il fut nanti du Brevet secondaire, du
baccalauréat, de la Licence et la maitrise en droit islamique. Il va sans
dire qu’à ce stade, le jeune étudiant pouvait prétendre à trouver un travail
qui sied à sa formation.
Ainsi en 1977, à l’issue d’un concours très
sélectif auquel il postula, celui qui eut très tôt l’ingénieuse idée de se
former dans la langue de Molière sera recruté au Ministère sénégalais des
Affaires étrangères. Avec l’interprétariat comme première activité, il sera
ensuite promu conseiller culturel aux ambassades du Sénégal en Algérie et au Koweït.
Sa fonction diplomatique cesse en 1989, l’année à laquelle il démissionna de la
fonction publique sénégalaise en tant que membre de la hiérarchie A, pour se
consacrer à ses activités personnelles. S’il a agi de la sorte, c’est parce qu’il
a saisi le sens des propos de son père à qui il demandait conseil à propos de
sa carrière professionnelle : « Le mieux pour toi serait que tu
viennes au Sénégal t’occuper de tes affaires privées, le matin et de la
mosquée, le soir ». Par conséquent, le marabout-diplomate entamait
une nouvelle vie. Laquelle vie sera désormais consubstantielle au label
Kawsara.
QU’EN
EST-IL DU LABEL KAWSARA ?
Après s’être retiré du Ministère des Affaires
étrangères en 1989, Mouhamed Ahmed fonda dans la même année deux organisations
qui, depuis leur création, font parler d’elles de plus en plus. Il s’agit du
West African Trading Investment and Construction (WATIC) et du Rassemblement
Islamique pour la Culture et la Paix (RICP). Si la première organisation est
une entreprise privée dont le déchiffrement du sigle anglais indique son
domaine d’intervention, la seconde qui nous intéresse est une ONG d’obédience
religieuse qui s’assigne comme objectif principal, la promotion de la religion
musulmane et l’entente entre les peuples. D’ailleurs, le RICP servira de base à
l’édification de la Zawiya Kawsara sur son site actuel qui dépasse l’hectare,
obtenu auprès des autorités de l’époque. Durant cette période, soit vingt-deux
ans derrière nous, le quartier était vide, voire inhabité. La tâche d’y
réaliser des projets n’était pas chose aisée, mais Sall n’est pas ce genre
d’individu qui recule devant la difficulté. La détermination qu’on lui connait
fait que le chantier de la mosquée fut entamé et vite achevé. Aujourd’hui, elle
attrait toute la population environnante souhaitant vivre convenablement sa foi
musulmane. La minutie observée dans la prière est des plus appréciée. De même
que les beaux airs du khadara et du wasifa sont en passe d’être
le protecteur-secret de la zone. Notons aussi que le marabout y organise, en
même tant que la zawiya-mère de Louga, le Maouloud et la laylatoul
khadr (nuit de la destinée). En sa qualité d’homme ouvert et affranchi du
conservatisme religieux, il a préféré décentraliser ces deux grands événements islamiques
afin de mieux étendre les tentacules de l’Islam et de la Tidjanya. Mais aussi
de donner la possibilité à des milliers de musulmans de profiter du projet
d’éducation islamique proposé par l’illustre Cheikh de Louga.
En plus de la mosquée, Kawsara donne une
importance invraisemblable à l’éducation religieuse et la formation basée sur
l’éthique et la morale islamique. Raison pour laquelle, un complexe islamique
nommé Groupe Collège Université Islamique est érigé en son sein. Dans ce
complexe, la continuité de l’enseignement dispensé par un corps professoral
émérite permet à l’enfant d’y entrer sans maitriser l’alphabet pour y sortir
employable dans les grandes entreprises. Étant donné qu’on y retrouve un jardin
d’enfants Aboul Abass Ahmad Tidiane, composé de trois sections et un collège
moyen et secondaire du même nom, répartissant ses élèves dans les séries L, S
et G. Même si le programme officiel national y est respecté, la particularité
du Groupe est qu’une attention est donnée à l’enseignement arabe, du Coran et
de la pratique religieuse islamique. Ce choix est certainement guidé par cette
phrase inscrite dans l’une des rubriques du site web du groupe (www.cium.freehostia.com) et qui stipule que c’est « (…) pour
faire survivre l’éthique dans un monde plongé dans le tourbillon du
matérialisme, laissant dans l’oubli total les éternelles valeurs spirituelles
humaines (…) ». Voilà qui est clair.
À cela, s’ajoute le Collège Université
Islamique (CUIM) créé en 2009 et qui propose des formations allant du premier
au second cycle universitaire. Logé à quelques jets de pierre du préscolaire,
dans un immeuble R+4, le CUIM est la première université islamique reconnue par
l’État du Sénégal. Toutes les filières du management y sont enseignées, y
compris le secteur en vogue de la finance islamique. L’année prochaine, le
système LMD sera expérimenté dans de nouvelles filières telles l’Agriculture,
la Géologie, etc.
Des projets dans le futur, le président de
la RICP n’en manque pas. Car Kawsara changera de visage pour bientôt. De fait, entre
autres programmes, deux bâtiments R+4 seront édifiés pour enrichir le
patrimoine immobilier du collège. Aussi, la construction d’un minaret long de
99 mètres (équivalent de 33 étages) est en gestation. Appelé « le minaret
de 99 », il fait clin d’œil aux « cent moins un » noms d’Allah (asmAoul
housnA). Ce faisant, sur chaque mètre, un nom d’Allah sera inscrit. Seul un
produit de la spiritualité comme Serigne Ahmed peut expliquer les raisons d’un
tel choix... mystique. Bien qu’ayant hérité sa réserve de la diplomatie, il ne
fait rien par hasard et peut toujours fournir des explications sur ce qu’il
fait. À titre d’exemple, à la mort de Serigne Abass, c’est lui qui osa indiquer
le lieu où il est enterré. Aux curieux qui souhaitèrent savoir plus sur les
motivations de sa décision, il leur fournit cette courte réponse : « Je
l’avais rêvé depuis l’enfance ». Pardi !
En fin de compte, l’on saisit pourquoi le manitou
du Groupe Aboul Abass Ahmad Tidiane est un homme de défi et de conviction. Sans
conteste, il est un modèle par excellence qui prouve comment un « ndongo
daara » peut, d’un « rien », aller à l’assaut de la recherche de
profit et grimper vertigineusement toutes les étapes de la pyramide d’Abraham
Maslow. Si nos chefs religieux osent davantage ce qu’il a réussi, le défi
colossal de faire renaître une société des valeurs serait relevé. Bon vent à
Kawsara !
Mansour Gaye

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